Axel Kahn : interview

« DE QUOI SERA FAIT DEMAIN ? »

“Comme il n’est pas question de se satisfaire d’une augmentation des inégalités, c’est bien une réorientation du concept de développement qui est nécessaire »

Axel Kahn, humaniste, scientifique engagé, membre du Comité consultatif national d’éthique français parraine l’opération défi pour la Terre. Rencontre en 2008 :

Réchauffement climatique, effet de serre, déforestation, la Terre est-elle véritablement en danger ?

Les désastres écologiques sont d’ores et déjà une réalité évidente qui saute aux yeux de qui a l’habitude de parcourir le monde en sortant des aéroports et des hôtels de luxe.

Outre les conséquences du réchauffement de la planète, on peut citer la pollution massive du golfe de Rio, l’assèchement de la mer d’Aral, les déchets plastiques couvrant la terre au point que, si notre civilisation disparaissait et que ces traces étaient redécouvertes dans quelques millénaires par un peuple venu d’ailleurs, ce sont nos déchets qui en porteraient le plus évident témoignage….

A quelles menaces environnementales devons nous faire face aujourd’hui ? Et dans les années à venir ?

Les deux menaces majeures apparaissent aujourd’hui liées aux conséquences du développement impétueux mais aussi peu précautionneux du monde, et celles de la raréfaction en eau. D’ores et déjà, l’eau est insuffisante dans de nombreux pays à fort dynamisme démographique.

L’occidentalisation des modes de vie amène légitimement, à une demande croissante en ce fluide précieux, indispensable à la santé, à la production agricole, à de nombreuses activités industrielles et à la vie des cités. Il ne serait pas aujourd’hui possible aux 6,4 milliards de terriens d’accéder à une consommation en eau similaire à celle des citoyens des Etats-Unis et d’Europe.

Peut-on renverser la tendance ? Par quels moyens ?

Renverser la tendance passe par une prise de conscience de ce que la Terre que nous nous préparons à léguer à nos enfants et à nos petits-enfants ne sera pas propice à leur plein épanouissement. S’efforcer de prendre en compte l’intérêt des générations futures passe par un changement radical du type de développement, d’un aspect aujourd’hui largement quantitatif vers une propension à privilégier la dimension qualitative.

Bien sûr, la responsabilité des pays les plus riches et développés, c’est-à-dire les plus puissants, est ici déterminante. Ils doivent se rendre compte que le cours actuel des choses est mauvais, sans doute pour eux et à l’évidence pour leurs descendants.

Le développement durable est-il une vraie solution ?

Au-delà du mot “durable” mis à toutes les sauces, le défi est celui d’un développement capable de prévoir ses effets à long terme sur la planète, compatible pour les générations futures avec le développement d’une vie authentiquement humaine, pour paraphraser le philosophe Hans Jonas.

Quel rôle la science a-t-elle a jouer sur le plan environnemental ?

Identifier, optimiser et développer des systèmes économes en énergie et n’aggravant pas l’effet de serre . Imaginer des systèmes d’irrigation gaspillant moins d’eau et privilégier les cultures les mieux adaptées aux réalités climatiques. Multiplier les matériaux biodégradables. Perfectionner les systèmes d’élimination des déchets persistants …etc. Autant de défis dont la solution est scientifique et technique.

Les recherches les plus urgentes ?

Economie en énergie, énergie non polluante et économie de l’eau sont sans doute parmi les trois priorités principales.

Comment chacun de nous peut-il agir pour la planète ?

L’action en faveur de l’environnement peut prendre une double dimension : exemplarité des conduites individuelles (économie de l’énergie, de l’eau, limitation et tris des déchets, refus des emballages plastiques…) et une dimension collective puisqu’une modification du type et des buts du développement ne surviendra que si les peuples, et en particulier ceux des pays les plus riches, le demandent et acceptent, en ce qui les concerne, ce que cela implique.

Habiter à Paris augmente-t-il les risques pour notre santé ? Notamment pour les personnes âgées ?

La réponse à cette question est difficile. D’une part, il n’y a pas de doute que l’air de Paris comporte de nombreux polluants de nature à aggraver des manifestations telles que les bronchites, l’asthme, les rhinites etc . D’un autre côté, selon les statistiques, c’est encore à Paris que l’on vit le plus vieux.

La raison en est naturellement le niveau de vie et de culture, les conditions d’hygiène ; mais aussi, l’absence des facteurs de risques spécifiques à la vie rurale (en particulier, les pesticides agricoles).

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