Brest, intello et festive, fait du bruit

A Brest, la mer et la culture composent un cocktail du tonnerre. Les initiatives artistiques, festives, urbanistiques, disruptives sont en surchauffe. De bonnes raisons de passer un week-end complètement à l’Ouest.

Par Corine Moriou

Les Fêtes maritimes © Photo Jacques Vapillon

« Ce n’est pas un hasard si l’on reste à Brest. Il n’y a pas plus bel endroit au monde pour partir et revenir d’un tour du monde », estime Olivier de Kersauson, l’auteur du best-seller Ocean’s Song. Le navigateur solitaire a choisi de partager sa vie entre deux bouts du monde. L’un dans le Finistère, l’autre en Polynésie.

Brest, c’est la ville des Bretons, mais aussi celle des écorchés de la vie, de ceux qui veulent oublier le passé et déployer leurs voiles vers un ailleurs.

Détruite à 90 % par 165 bombardements pendant la seconde guerre mondiale, la cité du Ponant a été reconstruite en forme de damier, avec des rues rectilignes telle la rue de Siam, désormais piétonne pour l’accès du tramway, bordée de boutiques et de galeries d’artistes. Peu de vieilles pierres, excepté dans le quartier de La Recouvrance dont la rue Saint Malo qui a conservé ses pavés et ses maisons du 17 ème siècle, cela grâce à l’association « Vivre la Rue ». Brest n’est pas une ville de carte postale. Mais elle ne fait pas de complexes. Elle n’en finit pas de renaître, de nous étonner et de nous émerveiller. Nous empruntons le premier téléphérique urbain en France à vocation de transport public, en service depuis novembre 2016. Grenoble a déjà un téléphérique, mais à vocation touristique. « Ce téléphérique a coûté 19 millions d’euros alors qu’un pont routier levant ou un pont transbordeur auraient coûté quatre fois plus cher, sans être aussi respectueux de l’environnement. Son usage est intégré à l’abonnement aux transports en commun de la ville », fait remarquer Laurent Bonnaterre, représentant de Brest Métropole & Ville. A partir du centre-ville, nous nous élevons au-dessus du fleuve, la Penfeld, avec une vue magnifique sur la rade de Brest et la presqu’île de Crozon. Il a fallu faire preuve d’inventivité, faire face aux réticences en tous genres. A droite de la cabine, des vitres deviennent opaques lorsque l’on survole les propriétés d’officiers de la marine, puis elles sont à nouveau translucides. Ainsi, leur intimité est préservée.

CULTURE, INNOVATION, TRANSFORMATION

Les Ateliers des Capucins sans le public © Photo Corine Moriou

Nous arrivons au Plateau des Capucins, situé sur la rive droite. Dans ces ateliers, hier encore, les ouvriers de la navale travaillaient le métal.

Aujourd’hui, c’est un pôle culturel et d’innovation, en version XXL – 25 000 m2 de surface – dont le parti pris architectural rappelle, avec respect, la mémoire ouvrière. Première réalisation : la médiathèque François Mitterrand, ouverte au public depuis janvier 2017. Le Plateau immense, vide, est en devenir… Il se dégage de ce lieu à la fois un sentiment de liberté et de sécurité. Les Brestois viennent y faire du skate, du roller, danser, jouer du piano, répéter en live des spectacles devant un public improvisé. Mélange des populations, mixage des passions, rencontre des générations. Un cocktail disruptif, mais jamais explosif. Tout cela est maîtrisé. En 2018, des salles de cinéma, des commerces, des restaurants, un hôtel constitueront de nouveaux repères. Le Centre National Le Fourneau proposera des représentations et une résidence d’artistes. Et les créatifs qui bossent dans l’économie, le monde des boîtes ? Ils ne seront pas oubliés. Des start up seront intégrés au village by CA, un centre d’incubation mis en place par le Crédit Agricole. Bref, Le Plateau des Capucins, c’est le quartier  » mutant « , plébiscité par les bobos, les intellos, les familles, les amoureux de l’histoire et du patrimoine, où l’on aime flâner, prendre le pouls de la ville. Un succès. Faut-il en douter? « Les 560 appartements construits dans le quartier – dont la moitié de logements sociaux en accession à taux réduits – sont déjà réservés, pré-vendus. On se les arrache ! Un appartement avec vue sur la rade de Brest est vendu 4 000 euros le m2, en général à des cadres, des CSP ++ », précise Alain Lelièvre, directeur général de la société publique Les Ateliers des Capucins.

AU BOUT DU MONDE, DEFAIRE, REFAIRE LE MONDE

La Rue Saint Malo © Photo Mona Thomas

Brest a la réputation d’être la ville « la plus intello » de France avec 18 livres empruntés par an et par habitant (contre 15 livres selon la moyenne nationale). La Librairie Dialogues, une affaire familiale, est la plus grosse librairie indépendante de l’Ouest de la France. Elle édite et fait connaître de jeunes auteurs, favorise des rencontres avec les habitués de La Grande Librairie, propose des conférences. Les salles de cinéma et de spectacles sont pleines à craquer. Les artistes du pays – Miossec, Yann Tiersen, Renan Luce – on les adore ! Le Quartz serait la première salle de spectacle en France, en nombre d’abonnements. L’Arena, La Carène, le Mac-Orlan, Le  Vauban  cabaret intimiste (également un hôtel), sont des lieux de rendez-vous chers aux Brestois. A la différence des Parisiens, ils ne sont pas blasés, notent sur leur agenda le passage d’un Julien Doré ou d’une Anne Roumanoff. Et au bout du compte – et du monde -, ils profitent pleinement de la vie culturelle. Tantôt spectateurs, tantôt acteurs de leur destin. La Fille de Brest, le film réalisé par Emmanuelle Bercot d’après le livre d’Irène Frachon (éditions Dialogues), raconte le combat d’une pneumologue du CHU breton pour faire interdire le Mediator. Digne des grandes causes défendues par un Costa Gavras, cette histoire a touché le cœur des Brestois. Les combines, les injustices, l’argent sale, ils n’aiment pas. A Brest, on ne fait pas semblant, on ne triche pas. Face à la mer d’Iroise, on se tient droit, tout simplement.

Brest abrite près de 23 000 étudiants – sur un total de 140 000 habitants intra-muros – qui aiment faire la fête, se retrouver dans les petits bistrots de La Marina du Château où sont amarrés plus de 700 bateaux. Au Crabe Marteau, une institution qui a son annexe à Paris, on dîne un bavoir autour du cou, équipé d’un marteau pour « s’attaquer à la bête » qui pèse près d’un kilo. Et l’on déguste la chair tendre accompagnée de pommes de terre bio et de sauces maison en se pourléchant les doigts. Ça change des balades dans Brocéliande!

A Brest, le début de semaine est plutôt calme, mais il ne faut pas manquer les Jeudis du Port – sur le port de commerce – ses concerts et ses spectacles gratuits. De passage à Brest, vous ne connaissez personne ? Sortez, ne restez pas dans votre chambre d’hôtel. Vous pourrez vous faire de nouveaux amis au Tour du monde – dit Le Tour Dum par les habitués – le bar d’Olivier de Kersauson, situé sur le port de plaisance du Moulin Blanc. Le week-end, on monte sur les tables en bois pour danser et voyager face à un mur entièrement recouvert d’une carte du monde. Immensité de l’Océan, on est bien là au chaud. La cuisine reste simple : moules marinières, fish & chips accompagnés de quelques coups de cidre. Une ambiance du tonnerre (de Brest ) ! A noter que cette expression ferait référence au coup de canon déclenché au pied du château de Brest signalant l’évasion d’un bagnard, une récompense étant offerte à ceux le capturant. D’Azénor, la tour du château, on voit la base navale, le quai des Flotilles où s’amarrent des frégates et des navires chargés de la protection des sous-marins nucléaires. Le musée de la Tour Tanguy abrite des maquettes qui remontent le temps,  la ville de l’avant-guerre. Brest, c’est aussi l’un des spots les plus actifs de France dans le domaine du graff (et non du graffiti), reconnu art majeur, à juste titre. La ville est tapissée d’immenses fresques … sous l’œil bienveillant de l’Abbé Pierre qui orne l’un des murs du Port de commerce. On ne peut pas le louper, il est là et il nous invite à ouvrir notre coeur. Au détour d’une rue, toutes ces couleurs jaillissent de manière inattendue et contrastent avec les murs gris, monochromes ou faussement rouillés. Brest, c’est un ton, une ambiance, une ville pas trop rangée. Moins policée et bourgeoise que Qimper, Brest joue le côté destroy, décalé, disruptif et ça lui va bien.

COMMUNION SPORTIVE, FESTIVE, IODEE

Graff © Photo de Sylvain Mary

Tous les quatre ans, Brest se pare de ces plus beaux atours pour Les Fêtes Maritimes Internationales qui accueillent des milliers d’embarcations en tous genres: goélettes, yachts de plaisance, vaisseaux militaires, brise-glace… Plus de 700 000 participants venus du monde entier participent à ces six jours de fiesta. C’est un moment populaire, remuant, bruyant, époustouflant. Ne manquez pas la prochaine grande communion iodée du 13 au 19 juillet 2020.

Brest aime nous rappeler que vivre au bord de la mer est un privilège. Sa gare a la forme d’un phare, sa faculté ressemble à un paquebot tandis que son méga aquarium, a des allures de raie manta. La rade de Brest est l’environnement idéal pour pratiquer des sports nautiques comme la voile, le canoë-kayak, l’aviron, le stand-up paddle (planche et pagaie) et autres formes de surf … Sur la plage du Moulin Blanc, on aperçoit le matin les longe-côte, des femmes revêtues d’une combinaison en néoprène (parfois quelques hommes) qui s’adonnent à une marche aquatique énergique, de l’eau jusqu’à la poitrine. Une activité drainante, digne des meilleures thalassos ! Certaines tombent la combinaison pour poursuivre leur ballade en maillot de bain alors que la température de l’eau ne dépasse pas les 14 degrés. Brest, ville sans chichis, est une cité où il fait bon vivre. C’est un secret bien gardé par ses habitants. Mais les Parisiens en ont eu vent. En juillet 2017, Brest sera accessible en 3h30 de Paris par le TGV (au lieu de 4h30). Une bonne raison de passer un week-end complètement à l’Ouest.

NOTRE CARNET D’ADRESSES

Oceanopolis © CM 

 

Océanopolis Il serait dommage de se rendre à Brest sans visiter cet extraordinaire parc des océans constitué de trois pavillons : tropical, polaire, tempéré. Après plusieurs mois de travaux, ce dernier, rebaptisé Pavillon Bretagne, a ouvert au public en février 2017. Il présente 120 espèces animales lors d’un parcours ludique, interactif avec des hologrammes, des écrans tactiles, des couloirs acoustiques… Les plongeurs nourrissent les résidents et nettoient les aquariums. La descente dans le bassin des requins avec l’ascenseur panoramique reste un moment très attendu des visiteurs. www.oceanopolis.com

 

Expostion Hartung © CM

Fonds Hélène et Edouard Leclerc A 25 kilomètres de Brest, on rejoint Landerneau et le Fonds Hélène et Edouard Leclerc pour la culture ou FHEL. Ancien couvent, converti en hypermarché Leclerc, cet espace est aujourd’hui dédié à l’art contemporain. Depuis son ouverture en 2011, sa programmation connaît un grand succès avec l’exposition d’œuvres d’artistes renommés comme Gérard Fromangé, Yann Kersalé, Dubuffet, Joan Miro, Hans Hartung. www.fonds-culturel-leclerc.fr

Hôtel Le Continental **** Le Continental, (« Le Conti  » pour les habitués) est situé au centre ville à quelques minutes du Quartz. Derrière une grande bâtisse, un hôtel art-déco. www.oceaniahotels.com

Le Vauban Avec une salle de concert mythique, l’hôtel restaurant *** est un haut lieu de la culture brestoise. Un peu sonore les jours de concert… mais l’on est sur place. www.hotelvauban.fr

Le Téléphérique

Le Crabe Marteau Une institution où l’on passe un bon moment à casser les pattes de son crabe. www.lecrabemarteau.fr

Le Globulle rouge Dans le quartier « arty », ce bistrot qui doit son nom à un sketch de Jean Carmet dans Palace, est un lieu convivial à partager entre potes. Jardin bohème et belle cave à vins avec plus de 150 bouteilles. Tél : 02 98 33 38 03

Les Viviers de Keraliou Une jolie vue sur la rade de Brest, face à la mer d’Iroise ? C’est possible en se rendant à Plougastel, le pays de la fraise. On déguste – et l’on achète – des fruits de mer chez Keraliou. www.keraliou.com

Tour du Monde © CM

Le célèbre bar du port du Moulin Blanc à fréquenter en bandes ou solo. www.tourdum.fr

En savoir plus 

www.brest-metropole-tourisme.fr,www.brest.fr,www.finisteretourisme.com

 

 

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