Paul-Loup Sulitzer : « La vie ne vaut rien, mais rien ne vaut la vie »

Par Corine Moriou

Auteur de 43 livres vendus dans 57 pays, l’ex-milliardaire flamboyant renoue en douceur avec le succès. Il n’a pas dit son dernier mot et pourrait nous réserver bien des surprises.

Véritable personnage de roman, Paul-Loup Sulitzer aura connu la gloire, la fortune, puis la descente aux enfers. Ses déboires financiers, amoureux et ses graves problèmes de santé n’ont pas eu sa peau. « Je suis un miraculé », se plaît-il à dire. Souriant et détendu, il nous reçoit dans son bureau-appartement de l’avenue Wagram, à Paris, et nous raconte ses épreuves et son goût inaltéré de la vie.

Vous habitez dans cet appartement ?

Non, c’est mon bureau. Un ami m’héberge rue de Varenne depuis que j’ai perdu tous mes biens. J’ai vécu 40 ans d’une vie extraordinaire. Grâce à mes livres, je gagnais entre un et plusieurs millions d’euros par an. Mais mon divorce avec Delphine Jacobson et l’affaire Angolagate m’ont ruiné.

Où en sont vos problèmes judiciaires ?

On m’a retiré mon passeport pendant 10 ans, ce qui équivalait à une mort civile. J’ai été traité comme l’ennemi public numéro 1. Je reconnais avoir fait du lobbying. Mais cela ne valait pas une telle punition ! Je vais à nouveau pouvoir voyager, et faire des recherches pour mes prochains romans.

Paul-Loup Sulitzer avec son livre Money 2

Et votre santé ?

Suite à une chute dans l’escalier en 2002, j’ai eu un accident vasculaire cérébral. J’ai été aveugle, en fauteuil roulant pendant un an. Mais avec la rééducation, j’ai recouvré la vue, la parole et la mobilité. Je suis un type très volontaire. C’est ma force de caractère qui m’a sauvé, alors que les médecins me disaient foutu.

D’où vous vient cette hargne à vous battre ?

C’est mon père qui m’a profondément influencé, bien que je l’aie perdu lorsque j’avais dix ans. C’était un immigré juif de Roumanie, ouvrier au départ, et qui a monté plusieurs entreprises et fait fortune. Il s’est engagé dans la Résistance. Il m’a donné le sens de l’honneur, de la dignité et de l’engagement. Mon héros, c’est mon père ! Ma mère était également formidable.

Vos amis vous ont-ils soutenu pendant ces épreuves ?

Certains m’ont lâché lorsque j’étais un légume. D’autres m’ont aidé ; j’ai beaucoup de relations amicales. Mais de vrais amis, je n’en ai que trois. L’amitié, c’est l’amour sans le sexe ! C’est un lien très solide. Alain Delon est l’un de mes amis. Brigitte Bardot m’a écrit des mots très réconfortants lorsque j’étais à l’hôpital.

En dépit de vos déboires sentimentaux, vous pensez toujours que l’amour est possible ?

Après trois mariages et surtout le dernier, j’aurais pu devenir misogyne ! Mais j’ai encore la faculté d’aimer. J’aurais souhaité être l’homme d’une seule femme. Cela n’a pas été le cas. Il faut accepter son destin.

Etes-vous croyant ?

Quand je vois toutes les horreurs dans le monde, je pense : « Où est Dieu ? ». Mais je suis un miraculé de la vie, alors je suis croyant.

Quel est votre vœu le plus cher ?

J’aimerais voir mes deux fils James-Robert et Jacques-Edouard qui sont nés de mon mariage avec Delphine Jacobson. Je pense à eux tous les jours et c’est une souffrance de vivre séparés. J’ai l’affection de ma fille Olivia que je vois toutes les semaines. Je place les sentiments, l’amour et les enfants avant tout dans ma vie.

Si vous deviez reprendre votre vie à zéro, seriez-vous prêt à vivre le même scénario ?

J’ai réalisé tous mes désirs. Peu d’entre nous ont cette chance. Je regrette une chose : mon dernier mariage qui a été une catastrophe sentimentale, familiale et financière.

Quels sont vos projets pour 2011 ?

L’Empire des Nénuphars va sortir fin août aux éditions du Rocher. C’est en quelque sorte Money 3. En mai, Le Chinois à roulettes, puis en juin Les corbeaux à cran d’arrêt seront en vente en librairie. Ces deux derniers livres reprennent les feuilletons qui paraissaient dans les années 1980 dans Paris Match.

Et votre autobiographie ?

J’ai rédigé les cent premières pages. Mais c’est sans doute pour moi le livre le plus difficile à réaliser. Je veux tout dire sans porter préjudice à des tierces personnes.

Votre philosophie de la vie ?

La vie ne vaut rien, mais rien ne vaut la vie.

Bio Express :

  • 1946 : naissance à Boulogne- Billancourt (Hauts-de-Seine).
  • 1964 : il devient le plus jeune P-DG de France en important des gadgets.
  • 1980 : parution de « Money », le premier best-seller.
  • 1983 : il publie Le Roi Vert, traduit dans une trentaine de langues.
  • 2002 : victime d’un accident vasculaire cérébral (AVC), il sombre dans le coma.
  • 2004 : son épouse, Delphine Jacobson, l’assigne devant les tribunaux.
  • 2008 : il comparaît au procès de l’Angolagate.
  • 2010 : il publie Money 2 aux éditions du Rocher.

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