François de Closets : « Travailler à mon âge est jouissif »

Agitateur d’idées, François de Closets aborde la délicate question de la crise de la langue française dans son dernier livre « Zéro faute ». Par une approche décomplexée, il pointe du doigt ses dysfonctionnements.
Article publié en 2010.

L’appartement parisien de François de Closets est à son image : élégant, chaleureux, raffiné. L’homme de plume de 76 ans, à la fois journaliste scientifique et écrivain revient sur la polémique déclenchée par son livre “Zéro faute”. Autour d’un café, il nous brosse le portrait de l’année 2010 et nous confie que depuis 40 ans, il prend la même résolution.

Votre livre ressemble à un aveu : vous confiez que l’orthographe est votre bête noire…

Non, je pense qu’il s’agit seulement d’un constat banal : je suis comme une grande partie de la population française. Mais dans notre société, il est entendu que personne ne fait de fautes ! En écrivant ce livre, mon message est triple : montrer que l’orthographe française est difficile, que beaucoup sont ceux à avoir des difficultés à la maîtriser et que faire des fautes n’est pas synonyme de bêtise.

Le sujet est tabou dans notre pays. En l’abordant de front, est-ce une façon de déclencher la polémique ?

Oui, je veux assurément faire bouger les choses car nous vivons une crise de l’orthographe sans précédent. Aujourd’hui, il est avéré que les jeunes n’écrivent plus correctement. Face à ce problème beaucoup sont ceux qui se contentent de s’indigner, de tempêter et de vouloir revenir à l’école du 19e siècle ! Je ne suis pas d’accord  !

Quelles sont vos propositions pour remédier à cette crise ?br> Observer les faits, les causes et en déduire des remèdes. C’est la démarche même de mon livre. Le départ de mon enquête a été une enquête de deux ans sur l’histoire du français. L’effondrement est clairement daté des années 1990/2000, lors de la deuxième révolution des techniques d’écriture depuis l’imprimerie : l’écriture en ligne.

Quelle est la différence entre ces deux types d’écritures ?

A l’origine, l’écriture est établie pour établir des textes qui restent. Par sa fonction, supérieure à la parole, elle faisait donc l’objet de rigueur et de sévérité. L’écriture en ligne sur les SMS, blogs, « chats » et forums est utilisée au même titre que la parole, pour faire la conversation. Elle n’inspire donc pas le même respect.

Le « langage SMS » et l’écriture en ligne sont-ils amenés à surpasser l’écriture conventionnelle ?

Tous les jeunes ne ressentent plus ce respect absolu pour l’orthographe. Avec le SMS ils transforment la langue dans tous les sens. Pourtant, cela ne veut pas dire qu’ils écriront toute leur vie comme ça ! Nous allons vers une orthographe à deux vitesses, comme cela était le cas au 18e siècle  : une écriture sans faute, celle des imprimeurs, des échanges professionnels, officiels et d’autre part, une écriture plus relâchée pour l’usage privé. La crise actuelle est largement provoquée par le progrès technique. Par conséquent il y a aucun espoir qu’elle s’arrête !

Vous êtes un agitateur d’idées : pourquoi cette volonté de montrer les dysfonctionnements de la société ?

Dans notre pays, le statut quo est coulé dans le béton de l’idéologie : tout ce qui se fait et se dit est sensé refléter les grandes valeurs. Rien ne peut être remis en cause. Or, le monde change et la société, pour protéger elle-même ses valeurs, doit évoluer. Comme elle ne le peut pas, elle trahit toutes ses valeurs. C’est ce que j’ai montré à travers tous mes livres et évidemment, cela ne fait pas toujours plaisir !

A l’aube de 2010, quelles sont vos opinions sur l’année à venir ?

Pour la France, c’est l’année de l’entrée dans la crise. Jusqu’à présent, il n’y a que ceux qui sont au chômage qui la vivent. Le reste de la population n’a pas encore vu son pouvoir d’achat baisser. Nous auront devant nous des années de vache maigre.

Et en terme d’environnement ?

Il est triste que l’on découvre aujourd’hui des problèmes qui sont énoncés depuis les années 70. On ne peut pas résoudre ces problèmes sans le progrès scientifique et technique, mais on ne peut pas se défausser uniquement sur ces critères. Il est absurde par exemple de penser que nous allons résoudre tous nos problèmes grâce à la voiture électrique : la solution serait la voiture urbaine. Mais le plus important est de revenir à un mode de vie moins exigeant énergétiquement.

Allez-vous prendre des bonnes résolutions cette année ?

Cela fait 40 ans que je prends la bonne résolution de travailler un peu moins ! Je finis toujours par travailler trop… Toute ma vie j’ai été malade du travail. Mais en général, je n’aime pas trop prendre des résolutions, j’ai quelques lignes à suivre et je suis ensuite emporté par ce que je fais. Je ne changerai pas maintenant !

La retraite n’est donc pas au programme en 2010…

Non. Aujourd’hui, je vis une vie en plus : professionnellement j’ai l’impression d’être un contrebandier. Cela fait 15 ans que mon ticket n’est plus valable ! D’être en pleine activité à mon âge, c’est jouissif. Je le vis comme un privilège.

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