Irène Frain : “Nous sommes des voyageurs de l’imaginaire”

Romancière à succès et journaliste pour Paris Match, Irène Frain a noué avec le succès dans les années 1980. Depuis la publication du livre “Le nabab”, la fidélité de ses nombreux lecteurs ne lui a jamais fait défaut. Interview d’une passionnée des mots et des Hommes.

C’est en fin d’après-midi, à l’heure du thé, qu’Irène Frain me reçoit dans son appartement parisien. Des photos de sa récente remise de la légion d’honneur sont posées sur la table du salon, de nombreux livres égayent la pièce. Dans quelques jours, son nouveau livre “La forêt des 29” va sortir. Rencontre avec une femme de lettres épicurienne et ouverte sur le monde.

Vous vous êtes inspirée d’une histoire vraie, celle de Djambo, un paysan indien qui s’est révolté contre la catastrophe écologique qui sévissait dans sa région. Pourquoi ?

Je suis stupéfaite que cette histoire soit restée inconnue ! Je l’ai découverte dans un grand journal indien : les bishnoï (un mot qui veut dire “29” en hindi) sont les précurseurs de l’écologie moderne. Leur maître était un génie méconnu qui, en 1485, lors d’une sécheresse effroyable, avait posé les principes de base d’une écologie rationnelle. L’adhésion à ces principes a été telle qu’en 1730, 363 personnes ont donné leur vie pour les arbres, au nom de “la force irrésistible de la Vérité”, un concept repris bien plus tard par Gandhi. Le parcours de ce paysan, et son retentissement m’ont surpris. Il existe encore aujourd’hui près de 800 000 bishnoï en Inde !

L’histoire de Djambo et de ses descendants, le peuple Bishnoï :

Comment s’est passée votre enquête ?

Je me suis rendue en Inde durant plusieurs semaines en 2009, durant une grande sécheresse. J’ai vu le prix des légumes flamber, les lacs asséchés, les personnes souffrir. Je les ai découvert inquiets pour leur futur, face à ces grandes catastrophes naturelles et climatiques.

Votre engagement pour la condition féminine est bien connu. La protection de l’environnement est votre nouveau fer de lance ?

Je suis une femme de convictions et mon objectif est de transmettre. A mon sens, un écrivain explore et transmet, je ne suis pas une donneuse de leçons. Notre époque est menacée par sa méconnaissance du passé. Les violences faites aux femmes, à la nature, interreligieuses : elles émanent du même mal-être.

La fibre écolo vous vient de votre père…

Oui, il l’était avant l’heure ! Durant mon enfance à Lorient, dans les années 1960, nous avions déjà deux poubelles pour le tri sélectif ! Nous utilisions aussi notre compost pour le potager. Dès l’âge de sept ans, j’ai eu mon premier petit jardin où il m’a appris à faire pousser toutes sortes de fleurs et de plantes ! Et puis, nous, les bretons, nous avons été très marqués par la marée noire du Torrey Canyon en 1967, une grande catastrophe ! Ces convictions écolo sont très anciennes : je les ai mangées avec les pommes de terre merveilleuses de mon père !

Comment est venue cette vocation pour l’écriture ?

Toute petite déjà, j’étais très imaginative, j’allais souvent rêvasser au jardin. L’imagination se développe d’autant mieux que l’on a eu une enfance difficile : mon père était austère, notre ville dévastée par la guerre. Mon écriture est celle de la résilience. Aujourd’hui, je suis une passeuse : lorsque l’on vieillit, on a ce devoir de transmission.

Au-delà de l’écriture, vos livres sont souvent indissociables de voyages, comme l’Inde pour “La forêt des 29” ou l’océan Indien pour “Les naufragés de l’île Tromelin”…

En effet, j’ai fait beaucoup de voyages. Pour autant, je ne crois pas à la notion d’écrivain-voyageur  : je suis une enquêtrice ! Nous sommes tous des voyageurs de l’imaginaire…

Vous êtes aussi une épicurienne : on connaît votre goût pour les bonnes choses. Vous faites d’ailleurs partie du Club des croqueurs de chocolat…

L’écriture est très exigeante, parfois même monastique : lorsque j’écris je ne sors plus, je ne vais plus au cinéma ; mais j’aime me faire de bons petits plats, une cuisine légère et savoureuse  !

Couverture du livre "La forêt 29" de Irène FRAIN

 “La forêt de 29”, de Irène Frain. Editions Michel Lafon. Prix : 20€.

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