«La psychanalyse m’a apporté plus de liberté» Mathilda May

Par Corine Moriou

Tour à tour danseuse, actrice, romancière, femme de théâtre, Mathilda May, 50 ans, fédère ses multiples talents dans le spectacle Open Space. Cette narration théâtrale, singulière et troublante, est plébiscitée par le public. Rencontre sur la plage à Djerba avec la comédienne aux anneaux d’or.


Crédit Alban Wyters
Crédit Alban Wyters.

Vous faites une thalasso à l’hôtel Radisson Blu Palace, à Djerba. C’est une habitude pour vous ?

En fait, c’est ma première thalasso et j’en suis très heureuse ! Avant de quitter Paris, j’étais au bord du burn-out, car tous les soirs j’étais présente au théâtre pour faire des réglages sur ma pièce. Ici, c’est le paradis. Je me détends ; j’ai particulièrement apprécié le massage thérapeutique. Je suis très sensible à l’accueil, à la gentillesse des Tunisiens.

Votre pièce « Open Space » qui se joue au théâtre de Paris jusqu’au 12 juillet raconte la vie de collègues de bureau. Ce n’est pas du tout votre univers. Pourquoi avoir choisi ce thème ?

Heureusement que les auteurs peuvent se transposer dans d’autres univers que ceux où ils évoluent. Je m’intéresse au monde contemporain. La cohabitation de salariés dans un espace commun est pour moi le symbole de la vie moderne, du travail dans l’entreprise devenu la norme.

C’est un spectacle sans paroles, il n’y a pas de texte. C’est plutôt original.

Je voulais raconter la vie de Monsieur et Madame Tout le monde. Le casting a duré plus d’un an. Il m’a fallu trouver sept comédiens qui sachent bouger, danser, chanter. Ils ont appris des gestes précis et s’expriment avec des sons, des borborythmes. Je ne suis pas présente dans le spectacle, car je tiens à garder un regard extérieur. C’est une comédie, il y a de l’humour, de la joie, de la poésie.

Avoir cinquante ans, est-ce difficile à vivre pour un ex-sexe symbole du cinéma ?

A 50 ans, mon visage est plus parlant qu’à 20 ans. Il est le reflet des années qui sont passées par là, de ce que j’ai vécu. Je me sens plus équilibrée, plus ancrée. Et, comme le dit Florence Foresti : « Avoir 50 ans, c’est l’adolescence avec une carte bleue ». Je suis sereine, car les enfants sont grands. Mon fils Jules a 18 ans et se lance dans la musique. Ma fille, Sarah, 20 ans, entreprend des études de commerce à L’ESG, à Paris.

Vous dîtes avoir fait une psychanalyse.

La psychanalyse n’est pas un luxe. C’est l’acceptation de la complexité de l’être humain. Nous sommes conditionnés par les diktats de notre enfance. Par exemple, un père qui dit : « Tu n’y arriveras pas ». Je dis l’inverse à mes enfants : « Tu n’y arrives pas, mais un jour cela va marcher. » La psychanalyse m’a apporté plus de liberté grâce à une meilleure connaissance de moi-même et des autres. Elle m’est utile dans ma vie privée et mon métier.

Vous avez été danseuse de 8 à 20 ans. Pratiquez-vous des sports ?

Le sport n’est pas mon point fort ! Je cours au Bois de Boulogne, pas loin de chez moi, car j’habite à Neuilly. La danse est une discipline très exigeante. J’ai plaisir à retrouver cette exigence dans la mise en scène d’Open Space, mais aussi dans Plus si affinités, une pièce que j’ai co-écrite avec Pascal Légitimus en 2008. Je regrette de ne pas avoir rencontré des réalisateurs qui m’aient demandé un véritable dépassement de moi-même. Ce n’est pas confortable d’être comédienne, on dépend du désir des autres pour jouer un rôle. Je préfère diriger un spectacle, je maîtrise mon travail. Et si c’est réussi, c’est gratifiant.

Quel est votre meilleur souvenir au cinéma ?

Lorsque j’ai joué le rôle de Juliette dans Le Cri du hibou, en 1987. Claude Chabrol exerçait son métier dans la joie, le plaisir. C’était merveilleux. J’étais jeune et je pensais que tout le monde travaillait comme cela. Mais j’ai découvert par la suite qu’il y avait aussi des réalisateurs stressés, rigides, pas drôles.

Vous avez d’ailleurs obtenu le César du meilleur espoir féminin pour ce film.

Oui et un an plus tard le Prix Romy-Schneider, en 1989. Comme quoi, travailler dans la joie…

Qu’aimez vous faire pendant vos moments de liberté ?

Je m’intéresse à la création artistique. Je me nourris de théâtre, de films, de concerts, de danse contemporaine. J’aime être inspirée par des gens inspirants ! J’ai adoré la pièce Marie Tudor avec Cristiana Reali au Théâtre de la Pépinière, le film tImitation Game, Barbe Neige et les sept petits cochons au Bois dormant… A Paris, le Festival Onze Bouge et les arts de la rue, vaut le détour. Il ne faut pas manquer La compagnie Numéro 8.


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