Philippe Labro : « Le vrai luxe, c’est le temps »

Philippe Labro relit sa copie : “Ah, une répétition !” L’écrivain, journaliste et cinéaste veille à ce que son expression écrite soit irréprochable. Pour lui, les mots constituent le meilleur moyen d’atteindre les autres et de se connaître soi-même, chaque jour, un peu plus.Dans son bureau parisien, où les tons beiges prédominent, on se sent serein. L’homme de lettres et d’action lâche son stylo. L’interview peut commencer. Rencontre en 2009 :

Maria, l’une des héroïnes du roman, a cette réflexion  : “A seize ans, quelques fois, je m’en croyais quarante”. Pensez-vous que l’homme possède deux âges ?

C’est une de mes plus grandes convictions ! J’en suis l’illustration parfaite : mon âge d’état civil, c’est 72 ans et mon âge mental et physique doit avoir trente ans de moins. C’est la vie qui vous donne un âge, pas la date de naissance.

Trente ans de moins, comment est-ce possible ?

Je suis un homme heureux : j’ai une femme que j’adore, des enfants merveilleux. Je vis dans un bain de tendresse et d’amour. Il y a aussi l’énergie qui m’habite : l’envie, la volonté d’écrire, de produire, de présenter… Je ne me sens pas du tout en bout de course, au contraire. Ma chance c’est que je fais ce que j’aime et j’aime ce que je fais.

Les personnages principaux ont pour ombre la solitude. Est-ce une compagne inévitable ?

Il n’y a pas de création qui ne se fasse pas dans l’isolation volontaire. Même si vous êtes entouré de gens, dans le fourmillement d’une activité positive, vous êtes seul avec vous-même. C’est comme ça. C’est la condition de l’homme. En même temps, s’il n’y avait pas les autres et l’autre, je suis convaincu qu’on serait foutu.

Dans cette peinture des gens, vous ne laissez passer aucun travers…

N’exagérons pas ! Ce n’est pas non plus une peinture noire : il y a des gens biens et il y a des salauds. Un jour, un professeur de philo m’a dit : “toute chose appelle son contraire”, une de mes principales leçons de vie. Je ne sais pas si la vie est une comédie, mais il y a des comédiens qui sont doués, d’autres qui sont atroces et ceux qui sont naturels. Et il ne s’agit pas de les juger mais de les décrire et de les raconter.

Justement, “les raconter” demande quelles aptitudes ?

Il faut avoir beaucoup rempli son bagage, les valises de la vie, pris beaucoup de notes, traversé beaucoup d’épreuves et engrangé suffisamment de savoir pour tenter de faire sa petite comédie humaine. Ou alors, il faut avoir une imagination suffisamment riche pour n’avoir même pas mis le nez dehors, mais ça m’étonnerait. Les écrivains se nourrissent de la vie et de leur vie.

C’est un livre ambitieux…

Pour moi, l’ambition est synonyme de projection vers l’avenir, de fierté, de volonté et de goût de l’action. Il faut avoir l’orgueil de ce qu’on veut faire. On peut très bien être ambitieux et humble en sachant qui sont les modèles, les dimensions que l’on voudrait atteindre et que l’on n’atteint pas forcément…

Et vous, quelle est votre ambition ?

Ça a toujours été de parcourir le monde, de le voir et ensuite de l’exprimer. Très jeune, j’ai vite compris que l’une de mes pulsions la plus forte était la curiosité des gens et des choses.

Ce roman parle beaucoup du désir de reconnaissance et de ce que l’on voudrait transparaître. Comment souhaitez-vous être perçu par les autres ?

Il faut savoir ce que vous appelez les autres… Le cercle le plus important c’est celui qu’on aime et qui nous aime. J’espère qu’ils me perçoivent comme quelqu’un qui les écoute, les comprend, capable de sortir de son narcissisme et qui est, aussi, un amoureux de la vie. Concernant les publics que j’ai pu intéresser, je préfère qu’ils voient en moi ce que j’essaye d’être : un honnête homme. S’ils jugent à travers mes livres ou mes films, ils peuvent à peu près arriver à une idée de qui je suis.

L’un des personnages affirme : “Le seul vrai luxe que je me sois accordé dans la vie, c’est de prendre mon temps”.

Oui, aujourd’hui le vrai luxe, c’est le temps. Et je le trouve. Très souvent, il m’arrive de m’accorder seul ou en famille, le simple plaisir de ne rien faire : écouter de la musique, partager le confort d’une après-midi devant un feu de bois, chacun lisant son journal…

Vous êtes un homme complet qui dure dans le temps. Qu’est-ce qui vous mène ?

La vie, je n’en ai qu’une et elle est courte. C’est un miracle. Je l’ai bien vite compris après avoir vécu deux événements de santé gravissimes. C’est ça qui me mène. Tant qu’on a l’énergie… L’énergie c’est goûter aux autres et essayer de faire en sorte d’exploiter au mieux le peu de temps qui nous reste.

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