Interview de Mireille Darc, à coeur ouvert

Par Corine Moriou

Toujours aussi belle et joyeuse, Mireille Darc, tailleur-pantalon beige, lunettes à grosse monture rouge, sans bijoux excepté une alliance, se confie autour d’une tasse de thé vert au Plaza Athénée.

Photo de Mireille DARC en exterieur

Mireille Darc est l’une des actrices préférées des Français. D’abord parce qu’elle a du talent. Elle a été la comédienne fétiche de Georges Lautner avec lequel elle a tourné treize films. D’autre part parce que c’est une femme de coeur. Elle a vécu des épreuves, mais elle a su garder le sourire. Sa caméra lui a servi de thérapie. Elle a réalisé dix documentaires pour la télévision.

Tour d’horizon sur la vie de l’actrice à l’occasion de la sortie de son autobiographie Une femme libre :

Votre mère tenait une épicerie. Comment vous est venue l’idée de devenir comédienne  ?

J’habitais Toulon et je ne voulais pas épouser un marin ! Il me semblait que c’était l’art qui pouvait m’offrir une autre vie. Je ne savais pas chanter. Trop maigre et pas assez souple, je ne pouvais faire de la danse. Il me restait le Conservatoire d’art dramatique. Lorsque j’ai eu le prix d’excellence, j’ai décidé de devenir comédienne et je suis montée à Paris.

Dans votre livre « Mon père », vous racontez la découverte tardive de votre père biologique. Dans quelles circonstances avez-vous appris ce secret ?

En 2006, une inconnue me dit avoir reçu un « message de ma mère » qui a disparu dix ans plus tôt. Elle veut me révéler l’identité de mon véritable père. J’ai communiqué avec lui bien qu’il soit mort. Je crois profondément qu’Edmond – et non Marcel qui m’a élevée – est mon père. Cela m’a terriblement troublée et je n’ai pas dormi pendant trois semaines, au moment où je jouais « Sur la Route de Madison » avec Alain Delon. L’histoire de cette femme que j’incarnais au théâtre c’était en quelque sorte le destin de ma mère qui n’a pas vécu avec cet homme.

Etes-vous croyante ?

Je suis croyante à ma manière. Je me sens accompagnée, guidée : c’est rassurant. Si j’ai un doute, une question, j’ai une réponse.

Vous avez tourné une cinquantaine de films. Quels sont ceux qui vous ont le plus marquée ?

Toute la période avec Georges Lautner a été formidable. Il savait à la fois être tendre et me bousculer dans des rôles différents. J’ai aimé « Les barbouzes », « La Grande Sauterelle », « La valise » et bien d’autres…

Vous avez été pendant quinze ans la compagne d’Alain Delon. Cela vous faisait souffrir d’être avec cet homme beau, célèbre et très sollicité ?

Lorsque je l’ai rencontré, je l’ai soutenu dans l’affaire Markovic. Cette épreuve nous a soudés de manière définitive. Par la suite, il m’a bien fait travailler sur moi-même. J’ai appris à ne pas être une femme jalouse. Aujourd’hui, je devine lorsqu’il ne va pas bien et je lui envoie un sms. Il me répond aussitôt.

Dans son livre « Les femmes de ma vie » paru en avril dernier aux éditions Didier Carpentier, il écrit « Elle est La femme de ma vie » en parlant de vous. C’est un bel hommage !

Alain Delon est un ami… C’est à vie. Il m’a quittée parce que je ne pouvais avoir d’enfants. À présent, je suis mariée à Pascal Desprez. C’est le premier homme qui m’ait demandée en mariage ! Je suis heureuse d’évoluer dans un autre milieu que celui du cinéma. Loin des paparazzi.

Vous avez vécu de nombreuses épreuves : une opération à cœur ouvert, un accident de voiture, la séparation avec Alain Delon, la mort de votre compagnon Pierre Barret. Comment vous en êtes-vous sortie ?

Les épreuves m’ont apporté une énorme richesse. Elles ont ouvert des portes dans ma vie. Lorsque je ne suis pas bien, je préfère parler aux arbres plutôt que me confier à une amie. Les arbres me permettent de me ressourcer. Je n’ai pas fait de psychanalyse. Je n’aime pas alimenter la douleur. Les douleurs s’estompent si on le désire.

Vos documentaires vous servent-ils de thérapie ?

Ils me permettent d’affronter mes peurs et de les exorciser. À travers eux, je me connais mieux. J’y ai abordé des sujets difficiles comme les femmes en prison, la mort, les malades du cancer, les prostituées… Ces films sont mes lettres de noblesse.

Comment montez-vous un documentaire ?

Je pars en guerre ! Je lis tout ce que j’ai sous la main. Je réfléchis. Lorsque je suis prête, je recherche un producteur et une chaîne de télévision. J’aime être dans des conditions inconfortables pour tourner. Mon équipe est constituée d’un caméraman, d’un preneur de son et d’une monteuse. Pas plus parce que je m’appelle Mireille Darc ! J’ai tourné « Pas sur la bouche » en douze jours.

Avez-vous un nouveau documentaire en préparation ?

Je réfléchis à un documentaire sur le thème du pardon.

Vous êtes ambassadrice de l’association « La chaîne de l’Espoir ». Comment se concrétise cet engagement ?

Lorsque le Professeur Alain Deloche m’a demandé d’intervenir auprès de lui, j’ai répondu positivement, car j’estime avoir une dette envers la chirurgie cardiaque qui m’a sauvé la vie. Nous soutenons les enfants du Tiers Monde atteints de malformations cardiaques afin qu’ils puissent guérir et aller à l’école. Le film que j’ai tourné au Cambodge « Les liserons de l’eau » a permis d’opérer 25 000 enfants grâce aux dons recueillis. La vente chez Christie’s des photos de quinze personnalités qui se dénudent, dont Carla Bruni, Isabelle Adjani, Vanessa Paradis, a rapporté 15 000 euros à l’association.

Vous consacrez aussi du temps à « + de vie ».

Aux côtés de Madame Chirac, je vais dans les hôpitaux pour soutenir les personnes âgées isolées. Je passe régulièrement un après-midi avec une cinquantaine de personnes. J’essaie d’apporter un peu de réconfort et de joie. Quel est votre secret pour rester belle ? Je ne garde pas de rancœur. Je suis en paix avec moi-même.

FESTIVAL DU CINEMA ROMANTIQUE . MIREILLE DARC . CABOURG . 1989 .

 

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