PARIS, code postal (covid-19) : 39 photos et un film de la capitale – presque – déserte

Confinement de 55 jours à Paris. J’ai vécu l’Histoire avec un grand H de la pandémie du coronavirus. Mon métier de journaliste a été mon laisser-passer. J’ai vu Paris comme jamais dans l’histoire de ma vie : calme, triste, surréaliste. A vélo électrique, les yeux grands ouverts, j’ai sillonné la capitale. Retour, en images, sur Paris confiné, la Ville Lumière comme vous ne l’avez jamais vue.       

Par Corine Moriou, photos et texte

Mardi 17 mars, à midi, notre pays est entré en confinement général, et ce jusqu’au 11 mai 2020. Le gouvernement a demandé à tous les Français de rester chez eux pour enrayer la pandémie de coronavirus et sauver des vies. A ce jour, plus de 26 000 décès. La tragédie que nous vivons pèse comme une chape de plomb sur la ville. Les places, les avenues, les rues pavées, les grands magasins, les parcs, les monuments les plus emblématiques ont été désertés. Ces images saisissantes prêtent à la Ville Lumière des allures fantasmagoriques. Comme celles d’un film de science- fiction où la vie aurait disparu.

J’ai vu Paris comme jamais : Paris, vide, avec (souvent) un ciel bleu, (souvent) un soleil éclatant. Je travaille donc, j’ai l’autorisation de me déplacer. J’ai photographié, pris des notes. Solitaire. Pas d’interview, pas de micro-trottoir. Un exercice qui me va bien en cette période particulière invitant à l’introspection, à la contemplation, voire au recueillement. Il y a très peu de voitures. J’ai circulé à vélo électrique (vitesse turbo au compteur). Les distances semblent ridicules. Paris m’appartient. Il est 17 heures, Paris est vide. Je fredonne la chanson de Dutronc. « Il est 5 heures, Paris s’éveille ». Après le confinement, je me lèverai à l’aube un dimanche matin pour retrouver ce Paris vide. Mais, ce sera un Paris apaisé, joyeux, débarrassé de la pandémie. Enfin, j’espère !

RIVE DROITE

Place de l’Opéra : les pigeons traversent l’avenue sur les passages cloutés. Je n’ai pas eu l’occasion de voir des canards se dandiner devant la Comédie-Française, mais cela devait être un sacré spectacle !


La Place Vendôme n’a jamais été aussi royale. Silence total. Un piéton s’aventure. Du côté des grands magasins, la foule a disparu. Une femme marche, tente de téléphoner avec son masque.

 

L’Olympia : une nouvelle star s’est invitée. En lettres rouges, il est indiqué : « Pour revenir plus vite, restez chez vous ». Mais que vont devenir les artistes, les intermittents du spectacle, tous ces inconnus qui vivent de la culture ?

 

 

 

 

 

 

Place de la Concorde, une énorme publicité de Samsung nous rappelle qu’avant le Covid-19, nous achetions des téléphones, des ordinateurs, des montres… Le mannequin de 18 ans qui nous vante les mérites de la marque semble anachronique. On en a marre des femmes jeunes sur les publicités. Mais comment font-elles pour s’offrir ce qu’il y a de plus cher ?

 

19 heures. A Paris, on peut faire de l’exercice physique le matin avant 10 heures ou le soir après 19 heures. Des Parisiens en petite foulée apparaissent à tous les coins de rue. L’une de mes amies s’est enorgueillie sur Facebook d’avoir monté toutes les marches qui conduisent au Sacré Cœur, dans le kilomètre réglementaire de son quartier. Les uns bossent ; les autres pas. Une femme, le front plissé, a lâché son masque. Elle n’en peut plus. Est-ce une soignante qui regagne son domicile ? Une autre marche d’un pas alerte avec dans sa besace un poireau qui dépasse.

 

 

 

 

 

Le jardin des Tuileries. A travers la grille, je repère le fauteuil où j’aime d’habitude m’asseoir face au grand bassin.

Place de la Madeleine, l’église semble prier pour tous les morts du Covid-19. Une grande croix rouge, avec des gerbes de fleurs, est déposée sur les marches.

Le Louvre. Je repère un banc en pierre inoccupé comme, d’ailleurs, tous les autres bancs. Mais j’aperçois des militaires en tenue kaki, mitraillette à la main. Cela me rappelle que « Nous sommes en guerre » comme l’a déclaré Emmanuel Macron, le lundi 16 mars, lors de son allocution télévisée.

 

Place du Palais-Royal, l’installation Chez Nous a été créée à partir des cadenas et des grilles du Pont des Arts et du Pont de l’Archevêché récupérés par l’artiste mexicaine Carmen Mariscal. Maison prison, Chez Nous est-elle une œuvre prémonitoire de notre nouvelle forme d’enfermement ? Selon l’artiste, la maison symbolise les pièges du mariage, de la vie domestique. Mais aussi de la recrudescence des violences conjugales en plein confinement ?

 

Les berges de la Seine sont interdites aux Parisiens, comme tous les espaces verts. Une patrouille de gendarmes à cheval se dirige vers l’Île Saint-Louis. J’apprends que vingt patrouilles, avec une cinquantaine de chevaux et cavaliers, ont été déployées dans divers quartiers de la capitale.

 

 

Je longe les quais, je regarde La Seine. Elle est magnifique, l’eau est vert émeraude, elle semble très pure. Je ne l’ai jamais vue ainsi. Tous les Bateaux- Mouches, les péniches et engins à moteur sont à l’arrêt. Une barge de ravitaillement Franprix emprunte la Seine. Pas de disette de nourriture contrairement aux mouvements de panique qui ont incité des Parisiens à faire provision de pâtes, riz et sucre au début du confinement. En moyenne, les Français auraient pris 2,5 kilos pendant la crise sanitaire.

Place de l’Hôtel-de-Ville, quelques enfants jouent sur le parvis. La communauté des jeunes couples avec enfants se fait remarquer en cette période de coronavirus. Ils sont dehors, car les gamins ne tiennent pas en place ! Comme les Parisiens avec leurs chiens, ils ont une bonne excuse de prendre l’air. On les comprend.

Je me suis offerte la Place de L’Etoile à vélo, trois fois ! Avec le déconfinement, je n’aurai plus jamais cette opportunité. C’est un peu comme le parapente à la dune du Pyla, il faut savoir ne pas prendre de risques inutiles.

 

Le bonheur de remonter les Champs-Elysées à vélo. A 20 heures, ce n’est pas l’agitation habituelle des sorties de bureau, des gens qui vont dîner dehors, se pressent pour rejoindre un théâtre. Les agendas des Parisiens sont vides, Paris est vide. Deux jeunes gars « Uber Eat » pétaradent devant moi en mobylette. Dommage, j’ai une vue imprenable sur l’avenue. J’aimerais aussi le silence ! Je les laisse s’éloigner. Errance d’un couple sur la chaussée. La liberté de marcher où l’on veut…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je me poste au milieu de la plus belle avenue du monde. Une grappe de photographes tente d’immortaliser le coucher de soleil qui file sous L’Arc de Triomphe. Nous sommes peu nombreux. Les nouveaux VIP du confinement ? C’est plus excitant d’être là ce soir, à 21 heures, plutôt que d’avoir une place sur les Champs-Elysées pour le défilé du 14 juillet.

 Au Rond-Point des Champs-Elysées, les fontaines – animées ou pas – sont vraiment laides.

Place du Châtelet : rien à signaler. Un peu de trafic. Un automobiliste s’impatiente rue de Rivoli, je n’ai pas pris la voie pour les cyclistes ! Il est vrai que je ne connais pas toutes les nouvelles artères réservées aux deux roues. Elles sont parfois plus dangereuses que la chaussée principale. Trottinettes, skates et autres fous de la vitesse s’en donnent à cœur joie.

Au port de la Bastille, l’eau n’a jamais été aussi limpide. On voit en transparence de grosses algues. Des badauds admirent les bateaux amarrés. Un ami avocat m’annonce être au Palais de Justice pour un client, un dimanche après-midi. Une urgence ! Place Dauphine, des enfants hauts comme trois pommes jouent, babillent, se touchent, s’enlacent, s’embrassent. Les parents, eux, respectent le un mètre de distanciation sociale. Les conversations privées sont offertes à la cantonade. Un homme se concentre, jongle avec trois balles.

La Place du Trocadéro est placide, tranquille. J’aperçois deux hommes à cheval. qui contrôlent les rares promeneurs. Sur les quais, l’American Center affiche « Open ». Pourtant, les volets de cet hôtel particulier sont clos. Les Américains auraient-ils loupé un épisode de notre tragédie ?

Place de la République, des jeunes font du skate. Nul spectateur.

Place Saint-Georges, tout est calme. Sous contrôle.

La rue des Martyrs est pleine de vie. On sort effectuer « des achats de première nécessité ». En bref, de la nourriture, munis de notre attestation de déplacement dérogatoire, datée, signée. Quartier bobo, on semble s’y lâcher un peu plus qu’ailleurs. Des clodos viennent à ma rencontre. Ils sont les Princes du quartier. Je ne les avais jamais croisés auparavant. Une pièce par ici, une pièce par là. La misère côtoie l’abondance.

Place de la Trinité : les travaux de l’église sont au point mort. Pas (même) un chat dehors. A la station, quelques taxis attendent le client. C’est le Printemps, les arbres sont en fleurs. Une bouffée de tristesse m’envahit.

RIVE GAUCHE

 

L’île Saint-Louis : je ne peux faire l’impasse sur le quartier le plus romantique de Paris. Un avion dans le ciel. Il vole à une allure très lente. Comme un grand oiseau blanc, il a déployé ses ailes. En pleine semaine, on se croirait en vacances. Chacun goûte l’instant présent, le regard posé sur la Seine. J’ai en tête le magnifique poème de Guillaume Apollinaire. « Sous le pont Mirabeau coule la Seine. Et nos amours. Faut-il qu’il m’en souvienne. La joie venait toujours après la peine. Vienne la nuit sonne l’heure. Les jours s’en vont je demeure… »

 

 

 

Notre-Dame de Paris a bien failli disparaître. Dans ma chair, je souffre pour les blessures qu’on lui a infligées. C’est comme si on lui avait coupé les bras. Triste spectacle.

 

La Tour Eiffel semble en stand-by. Des échafaudages la protègent de toute intrusion. La Dame de Fer affiche un grand « Merci  » en hommage à tous les héros de cette tragédie. Les personnels hospitaliers, mais aussi les gendarmes, les pompiers, les agents de la ville de Paris, les secouristes, les ambulanciers, les soldats, les caissières, les éboueurs, les commerçants, les livreurs, les volontaires, les aidants, les associations.

 

 

 

 

 

Plus modestement, on voit des grands draps pendre à la fenêtre de particuliers qui disent « Merci nos soignants ». Applaudissements aux fenêtres tous les jours à 20 heures, y compris par les piétons qui se joignent à l’hommage rendu aux médecins, chirurgiens, infirmières, brancardiers, ambulanciers…

 

 

 

Les Deux Magots. Chaises et tables ont été sagement rangées en attendant des jours meilleurs. Le café littéraire ressemble à un lecteur qui resterait suspendu à une page de son livre. A Odéon, l’UGC Danton affiche les derniers films – c’était il y a deux mois – dont « Un Divan à Tunis ». Un joli film que j’ai regardé sur Canal VOD. On s’habitue à tout. Home Cinéma ou, plus modestement, le petit écran.  « Restez chez vous ». On a compris, c’est le couvre-feu implicite à 20 heures. Que faire d’autre ?

Après 19 heures, course à pied ou marche rapide derrière les grilles du Jardin du Luxembourg.

A La Butte aux Cailles, les rues, aux airs de province, sont paisibles. On imagine mal que ce foutu virus se soit introduit dans les maisonnettes aux façades souriantes. Place d’Italie, des femmes voilées, portant un masque, font leurs courses. On ne voit plus grand chose de leur visage.

Place Montparnasse, pas âme qui vive. Je n’ai jamais trouvé le centre commercial aussi laid. Il manque des gens dans la rue pour égayer ce bitume gris, gris de gris. Laisse béton ! La célèbre chanson de Renaud me vient à l’esprit. Mais pas de risque de castagne, y’a personne.

A L’OUEST DE PARIS

 

Petite incursion dans Le Bois de Boulogne. A l’entrée du Lac Inférieur, des policiers contrôlent les promeneurs. Je file rapidos en direction de La Grande Cascade. Des amoureux se bécotent dans l’herbe. J’abandonne mon vélo devant un magnifique cèdre du Liban planté en 1862. Il mesure 30 mètres de hauteur pour une circonférence de 4,60 mètres. Impossible de l’enlacer. La distanciation sociale, il connaît. Une barrière en bois évite tout contact.

 

 

 

Bref coup d’œil devant le Lagardère Paris Racing. Ce club chic a fermé ses portes : l’allée principale est majestueuse. Il reste quelques vélos dans le parking, oubliés de leurs propriétaires.

Un coup de pédale supplémentaire et me voilà à L’Hippodrome de Longchamp. Le golf de Longchamp est fermé. C’est écrit en toutes lettres. Mais les accros s’entraînent au golf ou au tennis … sans les trous et sans les filets. A quelques pas, le camping de Paris, la vie en communauté bat son plein.

Au loin, j’aperçois La Défense et ses tours désertées.

 

A Boulogne-Billancourt, l’entrée du musée Paul Belmondo est agrémentée d’un grand Merci avec un cœur tandis que les Jardins Albert Kahn sont résolument clos, sans explication.

 

 

 

 

A La Défense, c’est la défonce d’énergie. Sur l’esplanade, c’est le rendez-vous de ceux qui font du jogging. Deux jeunes hommes montent et descendent les escaliers sous la Grande Arche. Inlassablement, au moins 50 fois ! Vue sur la jetée vers les terrasses de Nanterre. L’horizon semble se dégager.

APRES LES PHOTOS, LE FILM

Lien VIMEO : https://vimeo.com/415263660

Paris confiné est un film de trois minutes qui a été tourné dans le ciel grâce à un drone.
Pendant 25 jours, les réalisateurs ont capturé cette ambiance particulière, montrant les places désertes, les monuments, les solidarités humaines qui se sont exprimées.

Depuis le ciel et grâce à des dizaines d’heures de rush tournées grâce à un drone, ils donnent ainsi une vision à la fois immuable de la capitale, de son patrimoine, et un instantané de cette parenthèse où les solidarités que ce sont exprimées dans l’urgence de la crise sanitaire.

À l’image de la devise du blason officiel de la ville de Paris Fluctuat nec mergitur (Il est battu par les flots, mais ne sombre pas), les deux auteurs ont mis en avant, par contraste avec cette immobilité imposée sublimant l’architecture de la ville, cette mobilité nouvelle, rendue visible par l’engagement de concitoyens qui ont aidé par leurs actions les Parisiennes et les Parisiens à traverser cette épreuve.

C’est donc naturellement que cet hommage qui s’adresse aux invisibles et confinés se conclut par MERCI.

Ce film est le fruit de la rencontre de deux indépendants : Marc Didier, à la tête de Skydrone Film (captation par drone), et Christophe Lyard, fondateur de Futuria Production (agence événementielle).

Quelques chiffres autour du film :

  • 25 jours de tournage
  • plus de 10 heures de rush avec drone
  • 100 sites filmés

Copyright : Skydrone Film – Futuria Production – 2020

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