Frédéric Taddeï : interview d’un interviewer

Par Corine Moriou

Frédéric Taddeï, l’autodidacte, est considéré comme le plus talentueux interviewer de son époque. « Ce soir (ou jamais !) » est devenue une émission culte. Mais lui n’a pas le culte de sa personne.

Frederic-Taddei

Vous faites intervenir sur votre plateau des intellectuels qu’on ne voyait jamais à la télévision. Cela contribue au succès de votre émission ?

J’imagine. On pourrait en effet en citer beaucoup et de tous les bords. Stéphane Hessel n’était pas connu du grand public lorsque je l’ai invité au moment de la sortie de son livre « Citoyens sans frontières ». Edgar Morin et Emmanuel Todd, on les voyait rarement à la télévision. Alain Badiou jamais. « Ce soir (ou jamais !) » a été la première émission à parler de la crise des subprimes, de la fin de l’euro ou des révolutions arabes. Je pense que j’ai ramené certains intellectuels et artistes à la télé parce qu’ils peuvent finir leurs phrases.

On ne sait jamais de quel côté vous penchez. C’est du grand art, une telle maîtrise ! Mais vous avez dit à l’un de mes confrères que vous étiez un gauchiste de droite.

Oui, cela sonne mieux que « droitiste de gauche ». Mais j’aurais pu aussi le dire ! Je tiens à garder la plus parfaite neutralité. Je suis capable d’inviter sur le plateau des gens qui m’indisposent, aux antipodes de mes opinions. Pour qu’il y ait un débat, il faut des invités qui ont des idées différentes. Il n’y a pas de chroniqueurs dans mon émission qui font semblant de ne pas être d’accord.

Pourquoi y a-t-il si peu d’animateurs à la télévision qui reçoivent des gens de tous bords ?

S’ils ne le font pas, c’est leur choix. On ne m’a jamais reproché d’avoir invité telle ou telle personnalité. J’ai toujours été totalement libre dans la composition de mes émissions. Même Bernard-Henri Lévy, contrairement à ce qui a pu être dit ici ou là, ne m’a pas reproché d’avoir invité Dieudonné. Notre différend portait sur tout autre chose. D’ailleurs, quinze jours après Dieudonné, il venait dans l’émission et s’asseyait dans le même fauteuil. Inviter tout le monde, c’est aussi une façon de rester neutre, de ne jamais prendre parti. Pivot et Chancel faisaient exactement la même chose !

Extrait de l’émission réalisée avec Dieudonné :

Serez-vous celui qui a marqué son époque comme Jacques Chancel a marqué la sienne ? Un repère dans l’histoire de la télévision ?

J’espère qu’avec « Paris Dernière », « D’art d’art » et « Ce soir (ou jamais !) », j’aurai marqué à ma manière le début des années 2000. Mais il est devenu difficile, avec la concurrence, d’avoir autant de public que Jean- Christophe Averty, Jacques Chancel ou Bernard Pivot en avaient à leur époque.

Ainsi cela vous permet de voyager pendant les week-ends ? L’un de vos passe-temps préférés ?

Oui, j’adore les voyages. Il m’est arrivé de partir à Tokyo pour un week-end ou à Tahiti pour quatre jours. C’est devenu une rubrique que je tiens dans le Figaro Magazine : le voyageur moderne.

Vous avez lancé le débat sur Internet avec la création de Newsring.fr. C’est rare un pure player qui lève 3,5 millions d’euros.

C’est le premier site de débat sur internet. Ce n’est pas un forum. Le débat, ça s’organise. Mais sur Internet, il est illimité en temps et en nombre de participants et tout le monde est à égalité. C’est une vraie petite révolution. Nous visons 2 à 3 millions de visiteurs uniques d’ici à deux ans.

Vous avez souvent confessé que vous avez glandé pendant dix ans avant de vous engager dans le journalisme. Pensez-vous que votre fils Diego suivra le même parcours que vous ?

J’espère bien que non. Je ne suis pas le meilleur modèle pour mon fils. J’aimerais bien qu’il soit médecin ou banquier. De nos jours, tout le monde veut être acteur ou animateur de télévision. Dans vingt ans, il n’y aura plus que ça. Les médecins et les banquiers seront les vedettes des années 2030.

Le secret de la longévité de votre couple avec Claire Nebout ?

Elle n’est pas bon public. Elle critique ce que je fais. C’est le contraire d’une groupie. Nous vivons ensemble depuis dix-huit ans et dans notre milieu, c’est une prouesse, c’est vrai, car il faut multiplier les années par sept, comme pour les chiens.

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