La migraine, un mal invisible

Elle prend la tête de 7 millions de Français. Pourtant un tiers d’entre eux ne consultent pas. Trop souvent perçu comme « le malade imaginaire », le migraineux souffre en silence. Pourtant il existe des solutions.

La migraine revêt deux formes : celle dite « avec aura » qui est précédée de troubles visuels ou sensitifs d’une durée moyenne de 60 minutes (elle concerne 10 à 15 % des migraineux) et celle dite sans aura qui débute directement par la phase douloureuse. Les premiers symptômes sont une douleur crânienne unilatérale et pulsatile, des troubles digestifs (nausées, vomissements, pertes d’appétit) et une hypersensibilité à la lumière, au bruit, et aux odeurs. La douleur atteint son paroxysme en trois ou quatre heures et peut résister jusqu’à soixante-douze heures. Delphine Rey, auteur des Tribulations d’une migraineuse, nous décrit la violence de ses crises : « Elles se manifestent par des douleurs assommantes, une sensation de grande fatigue, un corps à la fois lourd et vide. Je ne supporte plus le moindre bruit, par exemple, le simple fait de racler le fond d’un yaourt me rend folle. Si par malheur je me trouve dans un restaurant avec de la musique, des néons lumineux et des fumeurs, le tableau devient cauchemardesque ! »

Une maladie multifactorielle

Des études ont été menées pour essayer d’identifier le profil type du migraineux. Il apparaît que les personnes très performantes intellectuellement, stressées et aux rythmes de vie assez soutenus sont plus vulnérables. Elément surprenant, leurs crises se manifestent le plus souvent les week-ends, en période de vacances, et dans les situations où la « tension » tend à se relâcher. Autre constat : l’apparition de migraines est en étroite corrélation avec l’état psychique (stress, fatigue, contrariétés, émotions fortes,…), les traits comportementaux (ingestion excessive d’alcool, de caféine, manque de sommeil, prise des repas anarchique), les sensations (fumée de tabac, luminosité, odeurs fortes, alternance chaud/froid,…) et la physiologie féminine (menstruations, ovulations, prise de contraceptifs oraux). Pour Delphine, les premières migraines ont commencé à l’adolescence. « Pour de nombreux médecins, elles étaient de simples maux de tête liés aux menstruations. Après des années d’incompréhension, une gynécologue a compris que mes crises étaient en partie provoquées par un déséquilibre hormonal. Un traitement hormonal fortement dosé a pu atténuer la douleur, sans toutefois l’éradiquer ».

Le quotidien d’une migraineuse

Difficilement compréhensible, le mal-être du migraineux est d’autant moins bien accepté par l’entourage. « La maladie ne se voit pas mais ce n’est pas pour autant qu’elle n’existe pas. On a tendance à nous prendre pour des malades imaginaires qui « s’écoutent trop », raconte la jeune femme. « Etant d’un tempérament enjoué et festif, personne ne peut m’imaginer en train de pleurer de douleur dans mon lit, plongée dans le noir total. » Le repli sur soi, l’isolement s’imposent très souvent aux migraineux qui se sentent incompris. Sans compter les répercussions dans la vie de tous les jours : « j’ai dû arrêter de travailler pendant trois ou quatre ans. Je suis enseignante et les cours devenaient une épreuve. J’ai fini la dernière année dans un état d’épuisement physique et moral inimaginable. Ma vie de couple n’a pas résisté. Mon mari m’a quitté. J’ai vécu son départ comme une réelle injustice ».

Les triptans, la pilule du bonheur ?
Découverts dans les années 1990, les triptans (famille regroupant les sumatriptan, zolmitriptan, naratriptan, élétriptan, almotriptan et rizatriptan) ont ouvert la voie à de grandes avancées thérapeutiques. Ils agissent sur la vasoconstriction des vaisseaux cérébraux et sur les récepteurs de substances pro-inflammatoires telle que la sérotonine à l’origine des crises. Efficaces 7 fois sur 10, ils constituent une arme de choix pour les migraineux en cas de crise aigüe, là où les antalgiques montrent leur limite. Cependant, ils continuent de susciter la polémique dans la communauté scientifique. Certains spécialistes mettent en garde contre un recours abusif à ces médicamenteux qui, au lieu de juguler la migraine, finissent par l’entretenir et créent à terme un état de dépendance.
Une écoute médicale insuffisante
Trop souvent cataloguée « maladie psychosomatique » au sens péjoratif du terme, la migraine est devenue tabou. Près de 30 % des migraineux n’osent pas en parler en consultation. Aux dires des patients, les généralistes ont tendance à sous-estimer l’ampleur du mal. Mais rien d’étonnant à cela : seules quelques heures de leur cursus universitaire sont consacrées à cette pathologie.

Plus d’infos :

http://migraine.over-blog.org/

http://rey.delphine.free.fr/

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