Ne pas perdre la mémoire, ça se mérite !

J’ai la mémoire qui flanche, j’me souviens plus très bien… Avec l’âge, la mémoire a tendance à jouer des tours dans la vie quotidienne. Il faut agir avant que les oublis répétés ne posent problèmes !

« Maman, je te l’ai déjà dit 10 fois. Aujourd’hui, c’est lundi ». Depuis quelques mois, il lui est de plus en plus difficile de retenir une information, même des plus simples. C’est la vieillesse, vous dites-vous pour vous rassurer, bien qu’au fond vous vous interrogiez sur ces oublis répétés. Et s’ils étaient les premiers signes d’affections sévères de la mémoire ? Réponses avec le docteur Jérome Blin, neurologue et directeur de la Clinique de la mémoire, à Paris.

L’oubli est physiologique et utile

J-Blin

« On a tous des oublis », affirme notre neurologue. « On ne se rappelle pas toujours de tout et tout de suite. La mémoire humaine ne fonctionne pas comme celle d’un ordinateur ». Car si la mémoire est capable de stocker une somme d’informations importante, elle doit régulièrement faire le tri. « Ainsi, on n’embarrasse pas sa mémoire de tous les panneaux de signalisation rencontrés sur un trajet en voiture, explique-t-il. « On ne retient que le plus important, le plus utile. » Rassurons- nous, l’oubli est donc physiologique et utile pour ne pas surcharger la mémoire.

Toutefois, il est des oublis qui ne sont pas bénins. « Si votre parent ne peut plus faire ses courses seul(e), prendre les transports, répondre au téléphone ou gérer ses finances, il faut faire examiner sa mémoire sans tarder », prévient Jérôme Blin. Sans compter qu’un examen précoce permet un diagnostic précoce, lequel augmente considérablement l’efficacité de la prise en charge thérapeutique.

Plus de 50 diagnostics possibles

Il est un fait avéré : les fonctions mnésiques déclinent avec l’âge. « Et ce, pour plusieurs raisons : nos capacités de concentration baissent un peu, on est plus souvent sujet à des problèmes de santé, comme l’hypertension artérielle ou le diabète, qui altèrent la mémoire » précise Jérôme Blin. Néanmoins, des quadragénaires peuvent très bien présenter des troubles de la mémoire. Ces troubles peuvent être d’origine multiple. Ainsi « il existe plus de 50 diagnostics possibles dont celui de la maladie d’Alzheimer, qui, précise-t-il, en pourcentage reste minoritaire. »

En quoi ça consiste le dépistage ?

Le dépistage des troubles de la mémoire et plus particulièrement de la maladie d’Alzheimer, qui rappelons-le devrait être pratiqué en prévention tous les trois mois après 60 ans, consiste en un premier test, le MNSE. « Pratiqué par le médecin spécialiste (neurologue, gériatre), il comporte divers items élaborés pour tester les facultés d’orientation spatio-temporelles, de mémorisation, de langage et de dessin, » nous explique Marielle Menotte, neuropsychologue. « Ce test est noté sur 30 points. A partir de 27 et en dessous, il est nécessaire d’appronfondir l’examen » explique Marielle Menotte. Le spécialiste orientera le patient vers un neuropsychologue pour lui faire passer un bilan plus approfondi de 2 heures qui visera à évaluer :

– La mémorisation

On demande au patient de restituer une liste de 16 mots, appris 4 par 4. Le neuropsychologue peut parfois donner des indices : pour le mot « daurade », il dira : « c’est un poisson ». « Un patient qui avec les indices parvient à se rémémorer les mots ne présente pas la maladie d’Alzheimer, précise Marielle Menotte, « car, cette affection de la mémoire consiste en une incapacité à stocker l’information immédiate. Dans un second temps, on lui présente un dessin quelques minutes. Après quoi, on le cache. Elle doit alors être capable de le reproduire de mémoire.

– La concentration

Si le patient est distrait, les résultats du test seront faussés. C’est pour cela qu’on évalue son degré d’attention. On lui demande de répéter des chiffres, par série de 3 puis de 4 et on observe les fluctuations de ses réponses dans le temps.

– Le langage

On présente 80 images au patient qu’il doit dénommer. Toute erreur à ce test doit alarmer le neuropsychologue.

– Le repérage dans l’espace

Très souvent, les personnes âgées chutent dans la rue parce qu’elles ne voient pas les dénivellations et les trottoirs. C’est dû à des troubles de perception de l’espace. Pour s’assurer que la personne ne présente pas ce genre de troubles, on lui demande de recopier une figure composée de divers éléments. Si elle place les éléments de façon anarchique, c’est quelle présente des troubles de l’activité visio-spatiales, symptome propre à la maladie d’Alzheimer.

-La praxique (gestes)

Pour évaluer la psychomotricité, on effectue une batterie de gestes ( par exemple mains croisées avec les pouces en papillon, pouce sur le nez, index levé,…) que le patient doit mimer.

– La planification

« Le but de ces exercices est de mesurer la capacité de la personne à inhiber ses habitudes au profit d’une action nouvelle », explique Marielle Menotte. Par exemple, on donne comme consigne : « quand je tape une fois sur la table, vous tapez deux fois. Et inversement, quand vous tapez 2 fois, vous ne tapez qu’une seule fois. Cette exercice est particulièrement difficile. Même des personnes sans affection de la mémoire peuvent se tromper (on a tendance à imiter l’autre)

La mémoire, ça se travaille

Une étude de l’université d’Harvard rapporte que « le cerveau se comporte comme un muscle : plus on le fait fonctionner, plus il devient et reste fort ». Par ailleurs, une autre étude de l’institut américain du vieillissement nous dit que « des personnes engagées dans des activités intellectuellement stimulantes ont moins de risques d’être exposées à la maladie d’Alzheimer.

La baisse des capacités de la mémoire et des fonctions cognitives commence à partir de 25 ans. Alors ne perdez plus de temps et faites travailler son cerveau ! Ainsi, le docteur Blin insiste sur la nécessité de maintenir son cerveau actif. « Il est recommandé de pratiquer des jeux ou activités stimulantes comme les jeux de cartes, les mots-croisés, la lecture,…En revanche, une activité passive, comme de regarder la télévision, n’est pas bénéfique. »

Il existe actuellement sur le marché des programmes d’entraînement cérébral. Ils visent principalement à acquérir ou à réapprendre les stratégies qui nous aident à mémoriser des événements : classement, association, catégorisation, synthèse,… En sollicitant plusieurs fonctions comme l’attention, la rapidité, la motivation et l’organisation, ils participent au ralentissement du déclin cognitif. Ils sont disponibles sur internet (voir www.happyneuron.fr ), sur ordinateur ou bien encore sur console. Mais attention, pour être efficaces, ils doivent être pratiqués régulièrement !

 

A lire
- « La mémoire, 10 clés pour comprendre » par Olivier Henry et Christophe Pouthier, aux éditions Pearson Pratique.
- « Jeux d’esprit et énigmes mathématiques volume 4, Aventures stratégiques et logiques, par Dennis E. Shasha, aux éditions Odile Jacob, Prix : 19,90 euros
- « Améliorez votre mémoire en 1 jour ! », Ricardo H. Blanch, aux éditions Paris Quérido, 19,90 euros.

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